Viol, Manipulation, Massacre : Armes de guerre.

Faire la guerre, c’est faire admettre à l’adversaire sa défaite. Au-delà des stratégies classiques pour gagner la guerre, il existe des méthodes choquantes visant à marquer les esprits pour prendre le dessus.

L’engagement des combattants dans une guerre ou un conflit a toujours donné lieu à des situations dans lesquelles le pire de l’Homme ressort. Le viol, c’est à la fois une dérive de la présence de forces armées non professionnelles, mais c’est également une arme. La population civile en est la cible privilégiée car sans défense.

Les séquelles physiques et psychologiques engendrées rendent d’une part la reconstruction de l’individu difficile, voire impossible. D’autre part, au-delà de l’individu, c’est la résistance et le soutien de la population envers ses combattants qui sont brisés, surtout lorsque cet acte est pratiqué à grande échelle. Ce procédé a été utilisé lors du conflit libyen depuis 2011, mais il est généralisé à tout conflit. Et parfois la victime devient le bourreau par vengeance. Récemment, des études ont été menées en République centrafricaine dont une en 2020 qui fait état de plus de 2200 cas de violence sexuelle. Ce chiffre n’est qu’un pâle reflet de la réalité puisque la majorité des victimes, face à la honte et la peur des représailles, refusent de témoigner et de saisir la justice.

Le viol n’est pas la seule arme utilisée dans les conflits car l’on retrouve également la torture ou encore la manipulation de l’information.

Le soutien de la population est toujours indispensable pour gagner un conflit ou diriger un pays. En effet, l’adhésion à une cause passant par l’information, nous assistons dernièrement, et de plus en plus, à une manipulation de cette dernière.

Intimidé, harcelé voire même tué, le journaliste est la première victime de la manipulation de l’information. L’un des exemples les plus célèbres est l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018 au consulat d’Arabie Saoudite en Turquie. Un autre exemple plus proche de nous, a eu lieu en RCA, en juillet 2018. Il s’agit de l’assassinat de trois journalistes d’investigation russes enquêtant sur la société militaire privée russe Wagner.

La Fondation des médias pour l’Afrique de l’Ouest dénonce régulièrement les agressions contre des journalistes et des professionnels des médias. Cette pratique est inquiétante et menace la liberté de la presse et le bon fonctionnement de la justice dans nos pays.

Jamal Khashoggi
Jamal Khashoggi - journaliste saoudien assassiné le 2 octobre 2018 au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul

Cachée, détournée ou faussée, la vérité est la deuxième victime de la manipulation de l’information à des fins d’intérêt personnel. L’un des cas les plus parlants étant celui du mensonge des États-Unis qui a mené à la guerre en Irak en 2003. L’intervention de Colin Powell devant le Conseil de Sécurité le 5 février 2003 soutenant la présence d’armes de destruction massive est en effet un exemple scandaleux du détournement de la vérité. Nous sommes dans une ère où les fake news se mêlent à l’information et pour y faire face, l’on voit apparaître, une génération de fact-checkers en Afrique de l’Ouest.

Massacres, vrais et faux, et manipulations de l’information se complètent mutuellement au point que certains semblent en faire aujourd’hui un usage systématique.

Dans les zones de conflit notamment en Afrique de l’Ouest, les exactions sont très répandues et ce particulièrement par et sur des forces de sécurité mais aussi à l’encontre des populations civiles. Le massacre de villes, villages ou encore de lieux de culte est un des procédés utilisés par les groupes terroristes afin d’asseoir leur autorité sur ces populations et territoires. À titre d’exemple, rappelons-nous les exactions commises par Boko Haram en 2009, avec notamment le massacre dans la ville de Baga au Nigeria (plus de 2000 victimes) qui a engendré le déplacement de plus de 20 000 habitants.

baga après l'attaque de Boko Haram
Baga after Boko Haram massacre in Nigeria

Cependant, les massacres ne sont pas toujours connus ou reconnus car isolés, cachés ou sans témoin. La découverte d’un charnier met en lumière les faits, le nombre de victimes et leur identité. Plus de 200 charniers laissés par l’État Islamique ont ainsi été découverts en Irak et ont donné lieu à des enquêtes. La découverte de charnier choque toujours l’opinion publique et une population sous état de choc est une population plus manipulable d’où la nécessité de faire attention aux informations données.

Des exemples plus récents de charniers ont eu lieu au Mali. En avril 2022, le charnier de Gossi a fait beaucoup de bruit lorsque la France a accusé les mercenaires du groupe privé Wagner, avec à l’appui une vidéo de surveillance de drone qui filmait les mercenaires au moment de la mise scène, à leur insu. De plus, les témoignage des exactions de Moura restent flous. La version donnée par les FAMa annonce l’exécution de terroristes tandis que la version du maire (assassiné après) ainsi que des ONG telles que Human Rights Watch, accusent les mercenaires russes d’exactions sur la population.

Les méthodes de guerre touchant l’intégrité physique des populations engendrent l’isolement du pays ciblé, la fracture de la société ainsi qu’une reconstruction difficile. La déformation de la vérité est de plus en plus courante et dangereuse en particulier quand l’information est instantanée et très médiatisée. Il faut faire attention à la manipulation autour des exactions et prendre les précautions nécessaires pour faire jaillir la vérité. Le mensonge donne des fleurs mais pas de fruits. Si vous êtes témoins d’exactions il FAUT témoigner.

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