Sahel : impacts du changement climatique sur la sécurité

En 2021, la température moyenne de la planète a dépassé de 1,11°C celle de l’ère préindustrielle de référence, selon un récent rapport de l’OMM (organisation météorologique mondiale) traitant du climat mondial. Cette augmentation de la température a eu des conséquences catastrophiques sur le Sahel en termes d’économie et de santé. Aussi, tout indique que des impacts sécuritaires sont à craindre dans un avenir proche. Conséquences et impacts directs du changement climatique, d’énormes déplacements de populations et de conflits ont d’ores et déjà été observés.

Au Sahel, les sécheresses sont de plus en plus intenses. Les températures y augmentent 1,5 fois plus vite que dans le reste du monde. Privée de revenus et de nourriture faute d’eau potable et de pâturages, la population doit également faire face à la famine de plus en plus menaçante.

Par ailleurs, le continent connait beaucoup de pluies diluviennes. On pourrait croire que ces pluies règlent les dures périodes de sécheresse, or les terres ont de plus en plus de difficultés à absorber l’arrivée soudaine des eaux. Des crues destructrices et de nombreuses inondations ont ainsi été observées au Mali et au Niger en 2019, avec tout leur lot de conséquences négatives, tant sur les populations que sur l’agriculture et le bétail.

Parmi les impacts du changement climatique, on constate une augmentation des températures, et une élévation du niveau de la mer. Le changement climatique a aussi mis en danger la sécurité alimentaire, déjà fragilisée.

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), depuis 2012, la sécheresse a provoqué une augmentation de 45,6 % du nombre de personnes sous-alimentées. De son côté, le Fond Monétaire International (FMI) estime que les conséquences économiques les plus néfastes seront constatées dans les régions au climat chaud, dans lesquelles se trouve un grand nombre de pays aux économies en déficit chronique. Le Centre africain pour la politique en matière de climat prévoit que les pays africains subiront une baisse du PIB de 2,25 à 12,12 % d’ici à 2050.

Les projections du GIEC prévoient des scénarios dramatiques sur la production agricole et la sécurité alimentaire. L’option la plus pessimiste prédit ainsi une réduction du rendement moyen de 10 % en Afrique. Par conséquent, il est vraisemblable que les déplacements de populations, déjà conséquents, se multiplient dans les années à venir.

L’augmentation des températures et la modification des précipitations auront également des répercussions importantes sur la santé en Afrique. En effet, les insectes, en particulier les moustiques, se reproduisent très vite dans des régions chaudes et humides. Il est à craindre que la transmission de maladies telles que le paludisme, la dengue et la fièvre jaune vont connaître un essor inquiétant.

L’augmentation des températures au Sahel provoque davantage de sécheresses et d’inondations, réduisent la production agricole et augmentent la pauvreté. Ces situations nourrissent les violences intercommunautaires que les groupes djihadistes exploitent.

Déjà en 2008, un rapport nommé Solana aborde les menaces directes et impacts du changement climatique en termes de sécurité internationale : conflit lié aux ressources, préjudice économique et risque pour les villes côtières et les infrastructures essentielles, litiges frontaliers, migrations dues à des facteurs environnementaux, situations de fragilité et radicalisation. Tous ces éléments sont une aubaine pour les mouvements terroristes qui profitent des crises pour recruter de nouveaux combattants et augmenter leur influence dans les régions où ces crises sévissent.

Si l’on prend l’exemple du Sahel, particulièrement autour du lac Tchad et dans l’Ouest où les mouvements terroristes continuent de se propager, nous pouvons constater les liens entre dérèglement climatique et terrorisme. La désertification, la pénurie d’eau ont entrainé une raréfaction des ressources qui ont attisé des conflits ethniques entre éleveurs nomades et agriculteurs depuis les années 1990. Dans le centre du Mali les groupes terroristes ont exploité ces tensions croissantes pour recruter des membres qui se sentent exclus et stigmatisés. Ici, les impacts des changements climatiques perturbent les cycles de transhumance, avec pour les éleveurs des distances plus longues à parcourir et des périodes plus longues à passer dans la région occupée par les agriculteurs sédentaires et donc loin de leur zone d’origine.

« Ainsi, dans le bassin du lac Tchad, Boko Haram a pu mobiliser de nouvelles recrues, notamment au sein des communautés locales désabusées par l’absence de perspectives économiques et d’accès aux ressources essentielles » relève le Secrétaire général de L’ONU.

Aussi, la désertification de certaine région ainsi que le manque de ressource et l’insécurité peuvent mener à des déplacements de population. Les déplacés représentent un défi considérable pour le continent : les Nations Unies estiment que 86 millions d’Africains pourraient être amenés à se déplacer au sein de leur pays d’ici 2050. Ce défi est majeur parce qu’il contribuera, de manière certaine, à renforcer les pressions déjà exercées sur les systèmes alimentaires et sanitaires des villes et régions concernées.

Les groupes djihadistes tels que le JNIM, l’EIGS ou Boko Haram tirent déjà profit de toutes ces crises tant climatiques qu’humaines. Par exemple, en 2016 au Burkina Faso l’absence de services publics, l’injustice, le changement climatique sont des éléments qui ont aidé à la naissance d’Ansarul Islam.

Mais, il convient de préciser que le réchauffement climatique ne fait pas tout. Il est un élément qui aggrave une situation déjà sensible et qui regroupe plusieurs causes tant économiques, sociales que politiques. Lutter contre le réchauffement climatique pour vaincre l’insécurité revient à lutter contre les symptômes d’une maladie plus profonde.

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