Date : 04 Feb 2026
L’État Islamique frappe un symbole stratégique en ciblant l’aéroport de Niamey
L’attaque ayant visé l’aéroport de Niamey ne relève pas d’un simple coup d’éclat. En ciblant l’une des infrastructures les plus sensibles du Niger, l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) a cherché à frapper un symbole de souveraineté et de contrôle étatique, au cœur même de la capitale.
Détails de l’attaque et premiers bilans
Dans la nuit du 28 au 29 janvier, peu avant minuit, Niamey a été la cible d’une attaque coordonnée contre l’aéroport international Diori Hamani et la base aérienne militaire (BA 101), sites parmi les plus stratégiques et symboliques du pays.
Cette attaque de grande ampleur, revendiquée peu après par le groupe terroriste Etat Islamique au Grand Sahara, aurait été menée par plus de 30 assaillants circulant à moto, équipés de drones armés, mortiers, explosifs et armes légères.
Si l’objectif exact de l’opération n’a pas été précisé, le choix de la cible révèle une ambition claire : frapper là où l’État se croit le plus protégé.
Les bilans humains divergent selon les sources. Plusieurs sources locales évoquent la mort de 24 soldats nigériens et de 3 mercenaires russes affiliés à l’Africa Corps, ainsi que 18 blessés évacués vers des structures médicales de Niamey. De son côté, le gouvernement nigérien affirme avoir repoussé l’attaque, tué 20 assaillants et capturé ou blessé 11 autres, tout en ne communiquant qu’au sujet de 4 de leurs soldats blessés.
Le président du Niger Abdourahamane Tiani a salué l’action de la Russie, qui a, dit-il, aidé à mettre ces « mercenaires » en déroute.
Dans sa revendication, l’EIGS affirme qu’une fois leur assaut terminé, ses combattants auraient été visés par une frappe de drone nigérienne lors de leur repli, sans toutefois préciser les pertes subies. Cette version entre en contradiction avec le récit officiel, qui soutient que l’attaque a été contenue et neutralisée.
Le ministère italien de la Défense a par ailleurs confirmé que les quelque 350 soldats italiens déployés à l’aéroport de Niamey, dans le cadre de la mission MISIN, n’ont pas été impliqués dans les combats et sont en sécurité.
Au sujet du bilan matériel, plusieurs avions civils ont été touchés, un dépôt de munitions et des aéronefs militaires ont été détruits lors de l'attaque.
Des images diffusées par l’EIGS montrent des combattants armés circulant dans la zone civile de l’aéroport et tirant sur des avions de passagers. Ces éléments ont été corroborés par des compagnies aériennes ayant signalé des dégâts sur leurs appareils.
L’aéroport de Niamey : cible stratégique et symbole national
L’aéroport de Niamey constitue bien plus qu’un simple point d’entrée aérien. Il s’agit d’une infrastructure critique, essentielle au fonctionnement de l’État nigérien, tant sur les plans sécuritaire, militaire que diplomatique, et symbolise la capacité des autorités à protéger des sites sensibles dans la capitale.
Cette vulnérabilité est d’autant plus préoccupante que près de 1 000 tonnes de concentré d’uranium (Yellowcake) y sont entreposées depuis début décembre. La présence de ce matériau délicat accroît considérablement les risques en cas d’attaque, tant pour la population environnante que pour l’environnement, et renforce le caractère hautement sensible du site.
L’impact est avant tout psychologique : en ciblant l’aéroport, l’État islamique ne cherche pas uniquement une visibilité médiatique, mais frappe un symbole de souveraineté particulièrement vulnérable. L’attaque met en lumière les défis persistants de la sécurisation des infrastructures critiques, dans un contexte où les autorités de transition affirment faire de la protection du territoire et des populations une priorité absolue.
(Image satellite des 5 batiments les plus touchés par l’attaque)
Le message de l’État Islamique : démontrer ses capacités de projection urbaine et de coordination
En ciblant l’aéroport de Niamey, l’EIGS cherche avant tout à adresser un message clé. L’attaque s’inscrit dans une logique de démonstration de force visant à montrer la capacité du groupe à frapper des cibles sensibles au cœur de la capitale, et non plus uniquement dans les zones rurales ou frontalières, une approche déjà observée dans d’autres contextes sahéliens, comme l’attaque de l’aéroport de Bamako par le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) le 17 septembre 2024.
Ce choix traduit une volonté d’élargir le champ d’action et d’amplifier l’impact psychologique. Les infrastructures emblématiques offrent un rendement médiatique et politique élevé, tout en fragilisant la perception de sécurité dans des centres urbains jusqu’ici présentés comme relativement sous contrôle.
À travers cette attaque, l’EIGS cherche également à s’imposer comme un acteur toujours capable de défier l’État nigérien, dans un contexte de recomposition des dispositifs sécuritaires et de discours officiels axés sur une reprise en main de la situation. Il s’agit moins d’une logique de conquête territoriale que d’une stratégie de décrédibilisation progressive de l’autorité sécuritaire.
Enfin, dans la vidéo de revendication de l’attaque postée par l’État Islamique, ce sont les langues parlées qui donnent le plus de détails sur les assaillants. En effet, nous distinguons des phrases en Haoussa et en Kanuri, langues principalement utilisées dans l'état du Borno au nord-est du Nigéria, où sévissent les terroristes de l'Islamic State in West Africa Province (ISWAP).
Ces éléments suggèrent une possible coordination entre les combattants de l'EIGS et ceux de l'ISWAP (deux groupes affiliés à l’EI), ces derniers apportant leur logistique et expertise dans les attaques complexes. La jonction entre les deux groupes pourrait s’opérer via la zone du Sokoto (Nigeria) et du Dosso (Niger), où est basé le groupe terroriste Lakurawa, ce qui représenterait un grave danger pour Niamey et ses forces militaires.
L’attaque de l’aéroport de Niamey illustre à la fois la portée des ambitions de l’EIGS et la vulnérabilité persistante des infrastructures critiques du Niger. Elle rappelle que la capitale reste exposée à des menaces complexes, et qu’il est crucial d’évaluer les enjeux de sécurité à l’échelle nationale et régionale.
En frappant l’aéroport de Niamey, l’État islamique au Grand Sahara a démontré sa capacité à défier l’autorité nigérienne au cœur de la capitale. Au-delà du bilan humain et matériel, cette attaque révèle les vulnérabilités structurelles et symboliques du Niger et souligne les risques potentiels pour la population et les infrastructures critiques. Elle illustre également la dimension transfrontalière de la menace, avec une coordination présumée entre l’EIGS et l’ISWAP. Dans un contexte de transition, l’État nigérien est confronté à un double défi : sécuriser ses sites stratégiques et maintenir la confiance de sa population face à des adversaires toujours capables de frapper au centre du pays.