Les accords d’Alger: mise en application et résultats

Les accords d’Alger sont d’abord et surtout des accords de paix permettant au gouvernement malien de retrouver sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Pourtant, les mots de l’expert indépendant de l’ONU, Suliman Baldo, après 10 jours de visite au Mali reflètent, par leur ambiguïté, un constat d’échec. Il décrit une situation où prévalent toujours « les attaques terroriste en hausse au Sud et au Centre du Pays, des groupes politico militaires, le trafic de drogue international et la criminalité transfrontalière »…

Pourtant les hommes politiques affirment que leur mise en œuvre reste une préoccupation majeure. Les faits les contredisent puisque les résultats obtenus aujourd’hui sont loin des attentes manifestées par les acteurs signataires du document de paix à l’époque.

La crise est alors traitée en deux étapes : un volet politique – délégué à l’Algérie – pour répondre aux revendications des nomades touaregs révoltés contre Bamako et un volet armé contre les djihadistes, essentiellement assuré par la France (Barkhane) renforcée d’une force multinationale de plus de 10 000 Casques bleus (la Minusma) en guise de force de « maintien de la paix ».

Cette double approche s’est heurtée à de dures réalités puisque la crise s’est étendue. D’un côté, les djihadistes dominent de vastes territoires et accroissent de jour en jour leurs attaques, de l’autre, le volet politique formalisé dans les accords d’Alger se trouve paralysé, aucune réforme n’ayant pu être mise en place tandis que les ex-séparatistes, non désarmés, se sont renforcés et dominent militairement aujourd’hui le nord du mali.

Sept années après leur signature, il est intéressant d’effectuer un bilan de la situation au Mali. D’en étudier, tout d’abord les contradictions et d’observer les résultats.

Ils consacrent les négociations menées à Alger entre la République du Mali et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Ils sont signés sans l’adhésion d’emblée de toutes les parties prenantes. Dans un premier temps, à Bamako, le 15 mai 2015 sont signés les premiers accords par le gouvernement malien et les groupes loyalistes ainsi que plusieurs États et organisations au nom de la médiation internationale : l’Algérie, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Tchad, l’Union africaine, l’ONU, la CEDEAO, l’OCI, l’Union européenne et la France, mais sans la présence des représentants de la CMA. Dans un second temps, la CMA, soumise à la pression de la communauté internationale, signe le 20 juin 2015 par son représentant, Sidi Brahim Ould Sidati, un dirigeant du Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA).

Signature de l'accord de paix d'Alger entre les autorités maliennes et le mouvement Azawadien.
Signature de l'accord de paix d'Alger entre les autorités maliennes et le mouvement azawadien.

Aujourd’hui, les accords de paix d’Alger restent laborieux à mettre en œuvre sur le terrain. Au fil du temps, ils ont progressivement perdu de leur sens au point de susciter des interrogations quant à leur aboutissement heureux. Pourtant, il apparaît encore aujourd’hui que leur mise en œuvre pleine et entière est un passage obligé pour le retour de la paix au Mali.

Cette paix si proche mais si loin, tant le chemin est parsemé d’embûches. C’est bien le reflet d’une situation où chacun recherche à satisfaire son propre intérêt plutôt que celui de la nation. Pour sortir de cette impasse le gouvernement malien et les groupes armés signataires étaient en concertation les 16 et 17 mars dernier à Gao. C’était aussi une occasion d’intégrer la partie gouvernementale au Cadre Stratégique Permanent (CSP) créé par les groupes armés du Nord. L’observateur avisé constatera que l’adhésion du gouvernement était nécessaire pour contrôler les initiatives entreprises par le CSP, d’une part, et de contribuer au rapprochement des protagonistes pour relancer les accords d’Alger d’autre part.

Néanmoins, cet engagement est encore aujourd’hui l’objet de tensions entre les autorités de transition qui affirment vouloir l’appliquer « intelligemment », et les groupes armés qui dénoncent une mauvaise foi de l’Etat dans sa mise en œuvre. Force est de reconnaître que dans ce conflit, la sincérité et la bonne foi semblent les choses les moins bien partagées par les diverses parties prenantes. C’est la raison pour laquelle la situation reste toujours explosive, au regard de l’attitude de certains groupes armés qui demandent aux autorités de démontrer leur engagement. 

Selon L’AFP, le HCUA maintient des liens avec Ansar Dine. Des experts indépendants de l’ONU accusent également Salah Ag Ahmed, maire de Talataye et membre du HCUA, d’être un agent de liaison entre Ansar Dine et l’État Islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Un autre membre du HCUA, Mahamadou Ag Rhissa, est également accusé de trafic de migrants et d’avoir détenu et exploité sexuellement des femmes à Talhandak, dans la région de Kidal. Siguidi Ag Madit, autre commandant du HCUA, est accusé d’être lié à l’EIGS et d’être impliqué dans une attaque contre le Groupe d’Autodéfense Touareg Imghad et Alliés (GATIA). Le HCUA est accusé de complicité avec les djihadistes et notamment d’être impliqué dans l’attaque de Midal, l’embuscade de Baley Beri et l’attaque d’Inates au Niger.

Malgré toutes ces accusations à son encontre, le mouvement défend sa loyauté au gouvernement en citant l’assassinat d’un responsable du HCUA, Alassane Ag Intouwa, à Ber par AQMI.

En 2017, le MSA et le GATIA combattent les djihadistes de l’EIGS. A cette période, ils coopèrent avec l’armée française et l’armée malienne pour lutter contre les djihadistes. Dans les faits, cette alliance prend un caractère communautaire si l’on considère que le MSA et le GATIA, principalement composés de Touaregs, combattent l’EIGS en majorité Peul. Cela se confirme lorsqu’en mai de cette même année, des Touaregs du GATIA combattent des Peuls de Ganda Izo, bien que les deux groupes soient membres de la Plateforme donc théoriquement alliés

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, des hommes du GATIA ont exécuté six personnes à Tin-Hama le 21 mai 2015, lors de combats livrés contre le MNLA.

Certains membres du GATIA sont accusés de liens avec le trafic de drogue, notamment Ahmoudou Ag Asriw, accusé d’avoir escorté de nombreux convois de drogue en 2017 et 2018. En juin 2018, le GATIA et les autres groupes de la Plateforme violent les droits des enfants dans les guerres recrutant des enfants soldats. Ils sont inscrits sur la liste noire de l’ONU. Dans un rapport daté du 8 août 2018, des experts indépendants de l’ONU accusent également Baye Coulibaly, membre du GATIA, d’être un des plus importants trafiquant de migrants dans la région de Gao.

Selon le rapport des observations du Centre Carter, observateur indépendant des Accords d’Alger, les résultats attendus ne sont pas effectifs. Le désarmement n’a pas réellement commencé, au contraire, un réarmement est apparu alors qu’aucune réforme politique n’a été mise en place. Pour l’International Crisis Group : « En réduisant la crise à un problème entre le centre et la périphérie, le texte passe à côté des sujets essentiels. ».

  • Maliweb.net
  • France Culture – Xavier Martinet
  • Le Point – Nicolas Normand
  • AFP
  • Centre Carter
  • L’International Crisis Group

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