Les VDP, quand le peuple Burkinabè affronte le terrorisme !

Les VDP Vlontaires pour la Défense de la Patrie au Burkina Faso

Depuis 2016, la situation sécuritaire au Burkina Faso s’est considérablement détériorée. Les groupes djihadistes, notamment l’État Islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et le groupe Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM) multiplient les attaques contre les écoles, les marchés et toute autorité représentative de l’État.

Alors que le pays compte au total 350 départements, seuls 194 possèdent une unité de gendarmerie ou un poste de police et 156 ne disposent d’aucune unité de forces de sécurité intérieure. Le manque de moyens dont les Forces de défense et de sécurité peuvent souvent souffrir, a été l’origine de la naissance d’une force supplétive nationale : les «Volontaires pour la défense de la Patrie» (VDP).

Le 5 octobre 2019, des acteurs de la société civile du mouvement pour la résistance populaire (MRP) lancent un appel à la résistance civile face aux djihadistes. Le 6 novembre 2019, au matin, cinq bus escortés par des militaires roulent en direction de la mine d’or de Boungou dans l’Est du Burkina Faso. A 40 kilomètres du site exploité par la compagnie canadienne SEMAFO, le convoi est pris dans une embuscade. Un véhicule de la gendarmerie saute sur une mine tandis que les bus sont mitraillés. L’attaque fera près de 40 morts, essentiellement des ouvriers burkinabès. Il s’agit alors de l’attentat le plus meurtrier depuis le début des violences djihadistes dans le pays cinq ans plus tôt. L’appel du mouvement de la résistance populaire est repris par le président du Burkina Faso qui appelle à la création d’une force d’autodéfense civile. Le 21 janvier 2020 une loi est adoptée à l’assemblée nationale. L’ensemble des 124 députés du Parlement du Burkina Faso vote en faveur du texte. Les «Volontaires pour la défense de la Patrie» (VDP) sont nés. Ce texte de loi encadre l’engagement et la formation. Dès lors, la loi prévoit que les Burkinabès de plus de 18 ans peuvent intégrer cette force supplétive « pour servir de façon volontaire les intérêts sécuritaires de leur village ou de leur secteur de résidence ». Les gens peuvent rejoindre volontairement les VDP, et après 14 jours de formation, ils sont équipés de matériel de communication ainsi que d’armes.

Selon l’International Crisis Group (ICG) qui est une ONG internationale à but non lucratif travaillant à la prévention de conflits à travers le monde. Cette loi cherche surtout à pallier les lacunes des forces de sécurité, qui, en sous-effectif et mal équipées, peinent à contrer les attaques des groupes djihadistes et à encadrer les groupes d’autodéfense.

Les volontaires signent un contrat avec l’État. Ils sont engagés pour un an renouvelable, avec un total de cinq ans maximum. Le VDP y apprend le maniement des armes et un code de conduite. A l’issue de cette formation, un fusil automatique AK-47 -une Kalachnikov- lui est délivré. Sa mission, détaillée dans la loi, sera de faire remonter des informations et de défendre son lieu de résidence, tout en étant autorisé à combattre en attendant l’arrivée des militaires.

Parmi les VDP, on dénombre des agriculteurs, des artisans tous originaires de territoires frappés par les attaques djihadistes. « On était fatigués d’être tués comme des poulets », explique ce cultivateur de 32 ans de Kongoussi (Nord). « On préfère se battre en espérant au moins sauver nos familles, nos villages » plutôt que de « regarder la mort venir ». Leur connaissance du terrain ainsi que leur attachement à leur région d’origine font d’eux des éléments plus que nécessaires pour la défense du pays. Concernant les salaires, « aucun volontaire ne peut dire qu’il est payé. Chaque groupe perçoit 200.000 FCFA (300 €) par mois pour les frais de fonctionnement – carburant et communications. Les populations viennent aussi en aide », explique un volontaire de Kongoussi. En outre, les marchands ou voyageurs rémunèrent leurs escortes.


Cependant, entre le contenu de la loi et la réalité du terrain, c’est le jour et la nuit ; les VDP n’ont que leurs moyens personnels pour se nourrir. Les 200.000 FCFA sont une aide irrégulière et parfois absente, et suite à la formation, tous ne reçoivent pas une arme et certains sont obligés de vendre leur bien et bétail pour se procurer de l’armement, des munitions et du carburant.

Les VDP étant une force de résistance contre les terroristes, ce sont eux aussi qui deviennent leurs premières cibles. Le 4 juin 2021, lors des massacres de Solhan et Tadaryat, des djihadistes ont attaqué des casernes du VDP avant de s’en prendre à des civils. Le 11 juin 2021, six combattants du VDP ont été tués dans une embuscade djihadiste à Kogolbaraogo. En décembre 2021, l’attaque du convoi de Volontaires pour la Défense de la Patrie et de civils dans les environs de You, sur le tronçon Ouahigouya-Titao, a coûté la vie à 41 Burkinabès dont le célèbre chef Soumaïla GANAME alias Ladji Yoro. Un rescapé de ces combats, raconte : « Les assaillants étaient très nombreux. On a compté plus de 500 personnes. Ils avaient des armes lourdes, des mitrailleuses 12.7 mm et 14.5 mm, des pickups, des roquettes, des PKMS [kalachnikov] et des gaz lacrymogènes. Quand ils voient que les combats durent, ils tirent des gaz. C’est là que beaucoup de combattants sont tombés parce que certains ont cherché à se replier. Les militaires sont ensuite arrivés en renfort. Cela a permis de repousser l’offensive, et c’est grâce à ça qu’il n’y a pas eu plus de morts dans la population. »

La présence des VDP constitue un motif de retour sur leurs terres pour une certaine partie de la population qui avait fui les terroristes. L’objectif aujourd’hui, est la libération du territoire national afin de permettre un retour des populations chez elles. « Notre préoccupation, c’est la libération totale du Burkina», insiste le coordonnateur du MRP, Aly Nana.

L’Etat reste malgré tout vigilant sur le comportement des VDP. En effet, l’article 32 stipule qu’un individu peut perdre son statut de volontaire pour la défense s’il manifeste un « comportement attentatoire aux règles d’éthique et à la morale ». Le 6 octobre 2020, le Collectif contre l’Impunité et la Stigmatisation des Communautés (CISC) alertait sur la situation : « dans les régions du Nord, du Centre-Nord, de l’Est et de la Boucle du Mouhoun, où des populations peules seraient systématiquement débarquées des véhicules, contrôlées au faciès, humiliées, torturées et parfois tuées pour leur appartenance ethnique par les VDP».

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